| Parc national | Pays | Superficie | Paysage | Faune | Particularités |
|---|---|---|---|---|---|
| Garamba | RDC | ≈ 5 133 km² | Savanes, galeries forestières, marécages, inselbergs | Éléphant (savane et forêt), girafe de Kordofan, rhinocéros blanc du Sud (réintroduit), hippopotame, lion, chimpanzé | Site du Patrimoine mondial depuis 1980, sur la liste des sites en péril de 1996 jusqu'à maintenant |
| Chinko | RCA | 24 335 km² | Savane boisée, forêt galerie, plateau alluvial | Bongo, éland de Derby, chimpanzé, lycaon, éléphant, hippopotame, pangolins, ~500 oiseaux | Reprise de la faune, emploi local, restauration de l'écosystème |
| Lantoto | Sud-Soudan | ≈ 1 547 km² | Savane boisée, forêts, clairières, inselbergs | Éléphant, buffle, bongo et diverses antilopes, chimpanzé, lion, léopard, possible présence du lycaon et de l'éland de Derby | Parc national (UICN II), limites non officielles |
| Bili-Uélé | RDC | 43 000 km² | Forêt dense, mosaïque de savanes | Chimpanzé de l'est, éléphant de forêt, okapi, éland de Derby, lion, léopard | Accord de cogestion entre l'ICCN & AWF : infrastructure, patrouilles, surveillance aérienne |
Créé en 1938, Garamba est l'un des parcs nationaux les plus anciens d'Afrique, situé dans le nord-est de la RDC, à la frontière avec le Soudan du Sud. Le parc se situe dans la zone de transition entre la forêt dense du bassin du Congo et la savane soudano-guinéenne.
Il s'étend sur environ 5 200 km², avec une zone élargie (complexe Garamba) de près de 14 760 km², incluant des domaines de chasse. On y trouve une plateforme élevée (710–1 060 m) mêlant savanes arborées, prairies herbeuses, galeries forestières autour de rivières, zones marécageuses et inselbergs granitiques.
Garamba abrite trois grands mammifères emblématiques : éléphant, rhinocéros blanc du Sud (réintroduit), girafe de Kordofan. La dernière population de la sous-espèce de rhinocéros blanc du Nord étant considérée comme éteinte, 16 rhinocéros blancs du Sud (Ceratotherium simum simum) ont été réintroduits depuis la réserve privée de Beyond Phinda (KwaZulu-Natal, Afrique du Sud). Autres espèces présentes : buffle, antilopes diverses, hippopotame, chimpanzé, lion, léopard, lycaon, phacochère, etc. La population d'éléphants, mixte entre espèces forestière et savane, était très élevée (environ 20 000 dans les années 1970), mais a drastiquement diminué : moins de 2 000 individus estimés en 2017. Environ 286 espèces d'oiseaux ont été observées dans le parc, classé site IBA (Important Bird Area).
Inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1980, le parc figure également sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis sa réinscription en 1996, en raison du braconnage intensif, de l'instabilité régionale et de la disparition de la dernière population de rhinocéros blanc du Nord. Depuis 2005, la gestion est assurée par African Parks Network (APN) en partenariat avec l'Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), renforçant les capacités anti-braconnage et la gouvernance. Le parc fait face à des menaces sécuritaires extrêmes : braconniers lourdement armés, groupes armés (Lord's Resistance Army, milices), affrontements violents avec les rangers. Des initiatives ont renforcé la surveillance — patrouilles élites, intervention de militaires, hélicoptères contre les braconniers transfrontaliers. Dès 2020, le braconnage de l'ivoire a diminué de 90 % et le nombre d'éléphants s'est stabilisé ; le nombre de buffles et d'hippopotames a augmenté régulièrement, et la population de rhinocéros est passée de 22 individus en 2012 à 95 en décembre 2024. L'enjeu est aussi de renforcer la surveillance et la lutte anti-braconnage dans le parc de Lantoto, situé sur l'axe reliant le Sud-Soudan à Garamba — un maillon stratégique pour la sécurisation de l'écosystème.
L'Aire de Conservation de Chinko, incluant les zones de gestion élargies, s'étend sur plus de 30 945 km², dont environ 24 335 km² de noyaux de conservation situés dans le sud-est de la RCA, dans le bassin du fleuve Chinko, formant un corridor écologique majeur vers le Tchad et le Soudan du Sud.
Depuis décembre 2014, sa gestion est assurée par African Parks Network, dans le cadre d'un partenariat public-privé (mandat de 25 ans) avec l'État centrafricain. Elle fait partie du plus vaste territoire sauvage protégé d'Afrique centrale et constitue un écotone unique — une zone de transition où se côtoient des espèces caractéristiques des écosystèmes de forêt tropicale et de savane, conférant à la région une biodiversité exceptionnelle : plateau volcanique à sols alluviaux, savane boisée soudano-guinéenne, forêt congolaise, forêt galerie.
La faune y est remarquable : une vingtaine d'ongulés incluant l'éland de Derby, le bongo, le cobe defassa, l'hippopotame, le buffle ; une vingtaine de carnivores (lion, léopard, lycaon, hyène tachetée…) ; chimpanzé, éléphant de forêt, pangolins, et environ 500 espèces d'oiseaux. Chinko a le potentiel d'abriter la plus grande population protégée de bongo au monde, ainsi qu'un important réseau de lions et de hyènes en reconquête.
La réserve a connu une décimation dramatique jusqu'en 2002, avec une perte estimée de 95 % de la faune (braconnage militarisé, surpâturage, feux, exploitation forestière). Depuis sa prise en main par African Parks Network, des avancées majeures ont été observées : éradication du braconnage et du surpâturage dans le cœur de la réserve, recrutement de rangers, création de postes avancés, système de surveillance par radio VHF et hélicoptère, collecte de données par pièges photographiques. Des TANGO (Transhumance Engagement Officers) ont été mis en place pour accompagner les éleveurs transhumants et éviter la concurrence pastorale sur les zones sensibles et les risques d'épizootie. La réserve est devenue un employeur majeur dans la région, avec plus de 300 personnes engagées (enseignants, professionnels de la santé, rangers…), et la première aire protégée de la région à bénéficier de crédits carbone certifiés — une source de financement durable pouvant servir de référence pour d'autres aires protégées d'Afrique centrale.
Situé dans l'État de Central Equatoria, au sud-ouest du Soudan du Sud, le parc se trouve à la frontière avec la République démocratique du Congo. Il est classé dans la Catégorie II de l'UICN (Parc National), bien que ses limites officielles n'aient jamais été correctement délimitées sur le terrain.
La surface estimée du parc est d'environ 1 547 km². Le paysage est marqué par une savane boisée dense, des forêts, des clairières et quelques inselbergs (collines rocheuses isolées). Le Jabal Mbangi, un sommet proéminent, constitue un point de repère naturel du parc.
Le parc abrite plusieurs espèces remarquables telles que l'éléphant, le buffle, le bongo, le lion, le léopard, le chimpanzé, et potentiellement l'éland de Derby et le lycaon. Sa position écologique unique, entre la savane soudano-guinéenne et la forêt congolaise, en fait un élément clé du corridor transfrontalier avec le parc de Garamba (RDC).
Le parc est co-géré par l'Enjojo Foundation, avec le soutien du South Sudan Wildlife Service, et en phase d'incubation par African Parks Network. Une enquête aérienne de 2022 a montré une empreinte humaine limitée (absence d'exploitation forestière ou minière significative), mais a confirmé l'impact passé du braconnage intensif sur la faune. Les principaux défis incluent l'insécurité, l'absence d'infrastructures, le braconnage intense, l'absence d'organisation institutionnelle et le manque de programmes de sensibilisation communautaire.
Situé au nord-est de la RDC, près de la frontière avec la République centrafricaine, le complexe d'aires protégées de Bili-Uélé couvre environ 43 000 km². Il regroupe le Domaine de Chasse de Bili-Uéré (32 748 km², UICN Catégorie VI) et la Réserve de Faune de Mbomu (10 671 km², UICN Catégorie II — protection stricte), subdivisée en deux blocs est et ouest. En leur sein, l'ICCN et l'AWF ont défini la zone centrale de conservation de Bili/Mbomu (ZCBM, 11 000 km²), considérée comme la zone prioritaire pour la conservation.
Le paysage est une mosaïque entre forêts primaires denses au sud et savanes mosaïques au nord, typiques du bassin du Congo. La région de Bili-Mbomu constitue un cœur écologique, combinant forêts le long de la rivière Bili et savane vers la rivière Mbomu.
Le site abrite la plus grande population de chimpanzés de l'est (Pan troglodytes schweinfurthii) d'Afrique, ainsi qu'une population importante d'éléphants de forêt (Loxodonta cyclotis). L'okapi est présent dans certains secteurs de la réserve de chasse, mais en très petit nombre et pas toute l'année. Le lion, le léopard, la hyène tachetée, le buffle et d'autres ongulés comme l'éland de Derby ou le bongo complètent ce panorama faunique. Les chimpanzés de Bili présentent des comportements uniques, notamment des techniques spécifiques de construction de nids et une curiosité marquée envers les humains.
La région souffre de braconnage intensif, d'exploitation minière artisanale et de la présence de groupes armés. Elle est à la fois un carrefour et un point d'aboutissement des principaux couloirs de transhumance du Darfour et du Haut-Mbomou vers le nord de la RDC, générant une forte pression pastorale sur le complexe. Depuis 2016, African Wildlife Foundation (AWF) collabore avec l'ICCN pour renforcer la protection : formation des rangers, bases opérationnelles, patrouilles, amélioration de l'infrastructure (routes, pistes d'atterrissage). Depuis 2024, un accord de cogestion a été signé entre l'ICCN et l'AWF. Un programme de surveillance aérienne (drone et petit avion) a été instauré pour mieux monitorer ce territoire isolé. AWF, avec l'appui de la Fondation Segré, met en place des infrastructures de sécurité pour réduire l'accès illégal et renforcer le contrôle aux frontières du complexe.
Cette publication a été produite par l'assistance technique du programme régional NaturAfrica Afrique centrale, financée par l'UE et mise en œuvre par le consortium AGRECO, MDF et SHER. Pour citer cette note : ATR NAAC (2026) Fiche paysage bassin du Congo. Juin 2026.